NDSCPLNE LTTERARE

  • k-valer
  • : Vie perso / Journal intime
  • : je ne suis pas causeuse de nature donc c'est ici que j'écris ce que ma bouche tait

elle se prend pour qui

l!brrrrr







Shivaree, Who's got trouble ?


Albert Cohen, Solal


Alexandre Vialatte, Le Fluide rouge
Enfin, naïvement, je découvre... et je m'ennuie un peu...



The Vines, Melodia, 2008


Throwing Muses, Throwing Muses, 2003




Fabienne Verdier, Passagère du silence
Une personne que je me prends à admirer pour son courage et son intelligence, qui donne envie de travailler, d'étudier, de boire du thé, de regarder autour de soi...



Simenon, Je me souviens


Bernard Ollivier, Longue Marche II
- Vers Samarcande
Un sportif, naïf et très français, très"envoyé spécial", plus qu'un écrivain, mais moi, ça me fait rêver quand même cette traversée de l'Iran à pieds...



Christian Gailly, Un soir au club
Pas mal, sans plus.



***

Tanya Donelly



Viviane Forrester - Virginia Woolf
Pour la 3e fois, je retrouve V. Woolf pour une biographie, à la thèse originale : antisémitisme viscéral, mysoginie de son mari, refus de lui faire un enfant seraient à la source de son suicide. C''est le cas de le dire. Un livre rempli de mots "universitaires", aux phrases hâchées par des incises entre parenthèses, comme des pensées flemmardes qu'on n'aurait jugées dignes ni d'être effacées ni d'être entièrement développées. Plutôt mal écrit, mais des arguments nouveaux pour moi.



Julie Zeh, La Fille sans qualités
Le livre ne l'est pas, mais je m'ennuie.
Tonio Kröger, Demian, c'est mieux dans le genre.
sombre histoire où la lumière ne vient que dans le dernier chapitre.
pédophilie, chantage sexuel exercé par des ados sur un professeur



Nigel Barley, L'Anthropologue mène l'enquête
Funny as usually


Mardi 17 novembre 2009
Elle a commencé la classe tout en douceur. J'écoutais vaguement le ronron, rangeais les armoires, classais le petit matériel, puis le gros, les jeux, les cahiers, les livres.

Un nouvel élève est arrivé dans la classe à 13h30. Il vient d'Algérie. Replet. Les cheveux durcis par le gel. Déscolarisé depuis plus d'un an. Père et mère absents. Situation délicate et floue.

Le père de C. était mécontent du mot que j'ai laissé sur le cahier de correspondance de son fils, trouvait le ton agressif. Il s'agissait d'une liste des méfaits de son garnement en une seule journée : ne travaille pas, chantonne, mange le matériel de classe, se roule par terre, se bat avec ses camarades, nuit à l'ambiance, nuit à ma fonction. Déplaisant, déplaisant. 
Si je le laisse tranquille, si je le laisse apprendre à son rythme, il se tient évidemment beaucoup mieux. C'est dur de progresser. Et je suis dure. On verra.

Elle a terminé la classe tout en douceur,éteint les lumières, enfilé son imper.

Solal va mal. Solal est duplice. Pas toi, mais le Solal de Cohen.

Après ce fut un café bruyant et frais aux abords de la place d'Italie. Avec celle que j'affuble joyeusement de terminaisons en -ette.
C'était bien de rire, de lui dire, et d'en rire encore, bien après, à coups de textos.
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Lundi 9 novembre 2009
C'est sans doute le surmenage.
Des gamins de 6 ans assis à des pupitres.. Et je ne sais plus par où commencer, tellement le boulot est énorme.

Je n'arrive pas à penser à autre chose.

En écriture automatique, cela donne :

prouche terra démiurge entablé cadenassé défragmenté
jigue ancienne internationalisée à la soupe aux crevettes
froidiver gagné par la sempiternelle renommée
criera criera à qui osera hâcher les ouailles replettes.
une île entre le ciel et l'eau, une île sans hommes ni bateaux...
bouses blanches...
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Dimanche 1 novembre 2009
Une pièce. Pas du théâtre. Un couloir sombre. Un cachot. Nul cahot. La corde au cou. La mort au cou. Défenestration au travers d'un mur épais d'une vingtaine de centimètres. Les araignées immobiles patientent, l'estomac au fond des huit talons. Un vif-argent se faufile dans une fissure. 

Le professeur dit : je suis, je reste, je deviens, je de-meurs, j'ai l'air, j'ai l'air de quoi.
Un ton, vite, pêche un ton.

La corde, l'accord. Dans ce décor d'ex-stasi, je n'ai pas le droit de hurler.
Je pense à Max Frish, à Jean Zay, à Arthur Koestler.
Longtemps, l'attente. Tarentule. 

On me force à le confesser. Qui ? Des hommes blancs vêtus de parkas. Ils veulent que je leur dise que je n'ai jamais entendu de voix. Qu'il n'y avait qu'une seule voix, la petite voix, qui murmurait inlassablement : je veux mourir, je veux mourir, je veux mourir. Auparavant, je l'entendais scander : je dois partir, je dois partir, je dois partir. Toute petite fille. La valise du photographe en main. Pacotilles.
Ce soir, encore, dans ce parallélépipède de béton, je l'entends qui ordonne : tue-toi, tue-toi, tue-toi.
Un faisceau de lumière balaie toutes les quinze minutes un sol âpre, nu et grisâtre, agresse mes pieds nus. Tais-toi, tais-toi, tais-toi.

Je n'ai pas téléphoné à Mme C. Je n'ai pas écrit à ma mère. Je n'ai pas répondu à mon frère. Je n'ai pas répondu à P. Je n'ai pas.

Pourquoi vivre cette vie-là où je m'éloigne de ce que je, viscéralement, suis, demeure, reste.
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Vendredi 30 octobre 2009
encore une fois, je me réfugie dans tes bras.

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Mercredi 28 octobre 2009
Fin du jour, veille de vacances. Sur le tableau vert, une maîtresse écrit à la craie jaune. 15h20. Bonbons party. Bisous party. Maîtresse partie. Elle a bu 7 verres de champagne à midi pour oublier son départ. Chancelante dans ses paroles, elle est décalée, elle n'est plus là déjà.
Elle regarde ses élèves intensément. Elle voudrait à tous leur dire, mains dans les mains combien ils sont beaux, combien la vie est rude et combien il leur faudra être fort et courageux. Comme une amorce dans cet apprentissage, elle les quitte, sourire aux lèvres. Elle s'asseoit sur le petit banc face à eux. Merci, vraiment, merci pour ce merveilleux début d'année. Vous êtes des enfants formidables. Je voudrais que vous restiez comme ça, aussi bienveillants et drôles. Quand les larmes montent ,elle s'arrête. C'est trop après. Cela ne les regarde pas. Les larmes.
Elle met en route "Lucy in the sky with diamonds", encore une fois la chanson de ses adieux. Tout le monde tape sur une batterie imaginaire. On a poussé les tables, on s'asseoit dessus. La maîtresse a dit : où vous voulez. Elle ouvre la porte de communication avec la classe voisine. Ils entrent tous.
Cléo, dont j'ai parlé une fois en ces mots : elle et moi on est faites de la même pelote, on se comprend sans parler, Cléo m'envoie un message sur Gmail. J'ai dit ça de cette fille de 9 ans, le même fil. C'est vrai. Quand j'ouvre la porte de communication derrière laquelle elle se trouve, assise à sa place, avec une autre maîtresse outrageusement dure, elle me regarde avec un grand sourire et me dit en passant : enfin ! enfin ! je croyais que vous ne viendriez plus ! - Mais si, tu vois, j'avais dit que je le ferai... Sa maîtresse, de trois ans ma cadette, les regarde comme s'ils allaient exploser d'un instant à l'autre. Le moindre regard de travers et c'est la punition. Justement en voici deux qui ne viennent pas. Punis, les yeux rivés au tableau. Pas vraiment des terreurs. Un gros bébé et un original brillant. Que font-ils là ? Moi, tant pis, j'invite tout le monde, je pars dans une demi-heure. Je les veux aussi. Pour se serrer les coudes. Les plus courageux se lancent dans des mimes. Une règle dans la bouche ? C'est Fériel. Un bras qui se lève jusqu'au plafond ? C'est Anniss. Un doigt pointé vers un élève et qui en interroge un autre ? C'est moi. Pas toujours par préméditation, mais bien parce qu'il m'arrive d'oublier leurs prénoms. Les jours de stress. L'évaluation natation. Le grand contrôle. Les insomnies.

A 16h30, quand la sonnerie retentit, tous sortent. Les bisous, nous les claquons au bas de l'escalier. La maîtresse dit : continuez à bien travailler et à sourire. Certains ont besoin que je les serre dans les bras. Un gros câlin remplace parfois une heure de discussion, une punition. Ils lui ont déjà dit, à cette nana de 31 ans, ce qu'ils pensaient d'elle. Breloques d'enfance. Vous allez nous manquer. Super maîtresse. Superman. De ginguois le lundi matin, avec son café brûlant dans les mains qu'elle ne prend pas le temps de boire, qui lui revient en tête une heure plus tard, froid. De travers sous ses lunettes, comme une pose. Toi, tu changes de place. Y en a qui ont des moufles à les place des doigts quand ils font de la géométrie ! Qu'est-ce que c'est que ça ?! Tu te crois où ?! Donne-moi ton cahier noir que je demande à ta mère de nous prêter une chaise pour ne pas que tu abîmes celles de l'école. Dis-donc ! C'est nouveau cette écriture ? Je vous aime, je vous aime. Jour et nuit je pense à vous. Jour et nuit je vous fais la classe. Jour et nuit je vous parle et vous écoute et me répète inlassablement les petites phrases qui chamboulent tout : je n'ai pas compris ; je n'ai rien compris ; maîtresse... Quoi, tes tresses, qu'est-ce qu'elles ont tes tresses ? Mais... maîtresse... Moi, mémé ?
Vous vous verriez avec vos trucs dans la bouche, les doigts dans le nez, c'est dégoûtant ! Pour la grippe, ça va aller vite !
Je vous aime. J'ai confiance en vous.
Pourvu que toi Elin, tu trouves quelqu'un qui t'aime assez pour te donner la force qui t'empêchera de frapper. Pourvu que toi, Jean, personne ne t'éteigne. Que toi ma plus sage tu continues comme ça. Toi mon plus beau, que tout dans ta tête prenne sa place.


A 16h30, je vois ma collègue qui pleure dans le couloir. Ratatinée. Comme je le serai une fois l'euphorie passée. Dans le métro, puis le bus, mon barda sur le dos. Les cadeaux, les plantes porte-bonheur. Privilèges du primaire. Les dessins innombrables. "Avec vous, on apprend en rigolant", "on apprend tellement de choses en faisant rien", "vous êtes coole, jolie"... Je rentre comme ça. Moche et triste. Et seule.

Après, c'est un grand vide.
Ma collègue m'écrit qu'elle a encore les larmes aux yeux.
Qu'est-ce qu'on a ri depuis décembre dernier !
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